Quand on est Président, qu’on s’appelle Nicolas Sarkozy et qu’on réforme le service public, on ne vient pas sur le plateau de France 3 sans risque. Interrogé hier soir pendant plus d’une heure par les journalistes de la chaîne, le chef de l’Etat se laisse aller sur le plateau à quelques remarques «off» à quelques minutes du direct avec les journalistes en place, dont Paul Nahon, directeur de l’information de France 3. Pas de chance, Rue89 s’est procuré la vidéo, disponible désormais en ligne. Le contexte est le suivant: une maquilleuse et un technicien de France 3 s’affairent autour de Nicolas Sarkozy. On lui prépare les micros. Le Président salue le technicien. Il semble qu'il n'y aurait pas de réponse. Nicolas Sarkozy secoue la tête, contrarié. «C’est une question d’éducation», lance-t-il d’abord, avec un clin d’œil. Puis, fini de rire: «Quand on est invité, on a le droit que les gens vous disent bonjour quand même, ou on n’est pas dans le service public. On est chez les manifestants… C’est autre chose. C’est incroyable. Et grave.» Le Président termine sa leçon, et se montre cette fois menaçant: «Ça va changer...» Les moments de tension avec Nicolas Sarkozy, les journalistes de France 3 y sont habitués. Pendant la campagne présidentielle, déjà, le candidat avait piqué une colère en arrivant dans la salle de maquillage de l’émission France Europe Express, selon le Canard Enchaîné. Aucune place ne lui était réservée, il a dû attendre plusieurs minutes debout. Sacrilège ! Ou encore cette interview sur France 3 Nord-Pas-de-Calais, en mars 2007, où Nicolas Sarkozy a qualifié de «malhonnête» et «sommaire» un reportage sur l’imprimerie nationale de Douai. C’est le grand nord sur le plateau du 19/20. Nicolas Sarkozy brise faussement la glace: «Ça fait plaisir de voir M. Leclerc à l’antenne. Tu es resté combien de temps au placard?» lui demande le Président, alors que le journaliste de France 3 a signé avec d’autres, dont Audrey Pulvar, une tribune dans Le Monde pour le moins critique sur la réforme de France Télévisions. «Deux années, répond Gérard Leclerc, un peu gêné. C’était la maison d’à côté.» «Tu as fait les étagères», plaisante Audrey Pulvar. Nicolas Sarkozy ajoute: «J’avais protesté quand on l’avait mis au placard». A cinq minutes du direct, le chef de l’Etat fait une demande: «Vous voulez pas poser une question d’actualité sur Carcassonne?» Paul Nahon, un peu hésitant: «On pensait…» Nicolas Sarkozy: «C’est à vous, hein?» «De toute façon, on en parle, lance Nahon. On parlera de Carcassonne avec le Président après, hein? Yes! Parfait!» «Madame, monsieur, bonsoir…»