L'affaire avait relancé le débat sur le transport maritime au niveau européen. Après huit ans de procédure et quatre mois de procès l'été dernier, le tribunal condamne le groupe Total, première société française en importance et quatrième groupe pétrolier privé mondial, à 375.000 euros d'amende, sanction maximale pour pollution maritime pour une personne morale.

L'organisme de contrôle maritime italien Rina, de réputation mondiale, est condamné à 175.000 euros d'amende. Il avait donné son certificat de navigabilité à l'Erika.

Giuseppe Savarese, ex-propriétaire italien du navire, et Antonio Pollara, ex-gestionnaire italien de l'Erika, sont sanctionnés de 75.000 d'amende chacun, maximum prévu pour les personnes physiques.

Savarese et Pollara - absents au tribunal - ont commis une faute en réduisant les travaux d'entretien de l'Erika pour économiser de l'argent, disent les juges. Le Rina a délivré des certificats sans procéder aux contrôles nécessaires "sous la pression de contraintes commerciales", dit le tribunal.

Concernant Total SA, le tribunal écarte les règlements internationaux qui excluent la responsabilité des affréteurs, point sur lequel s'appuyait la compagnie pour demander sa relaxe. Juridiquement, l'affréteur était la filiale Total transport, qui est relaxé, disent les juges.

Total SA s'était "de fait" chargé d'un pouvoir de contrôle des navires affrétés, explique le tribunal dans ses attendus. Le service de "vetting" (inspection des navires affrétés propre à la compagnie) était rattaché au groupe, remarquent les juges, qui concluent à une "faute d'imprudence" dans l'inspection.

Le tribunal reconnait le droit pour les associations de protection de la nature à obtenir réparation des dommages à l'environnement, une victoire proche de la reconnaissance du "préjudice écologique", qu'elles demandaient.

Ce droit d'indemnisation est cependant refusé aux communes, départements et régions, toujours limitées au seul droit de faire indemniser leur préjudice propre.

Parmi la centaine de parties civiles - régions, départements, communes, État français, associations -, l'État obtient à lui seul 153,8 millions d'euros, l'intégralité de ses demandes. Les parties civiles demandaient au total environ un milliard d'euros de réparations.

Une vingtaine d'entre elles sont déclarées irrecevables. La région Bretagne obtient 2,57 millions d'euros, les Pays-de-Loire, 1,73 million, le Poitou-Charente un million, le Finistère 3,31 millions, la Loire-Atlantique 4,28 millions.

Le tribunal relaxe les onze autres prévenus et abandonne contre tout le monde l'accusation de "mise en danger d'autrui". Le capitaine indien du pétrolier, Karun Mathur est relaxé mais déclaré partiellement responsable civilement.

Sont aussi relaxés les deux filiales de Total, Total Petroleum services et Total transport, Gianpiero Ponasso, cadre du Rina, Bertrand Thouillin, ancien responsable de la sécurité de Total, Alessandro Ducci et Mauro Clemente, deux Italiens qui ont sous-affrété l'Erika à Total pour son dernier voyage.

Sont aussi blanchis par le tribunal trois militaires (dont l'amiral Michel de Fresse de Monval) et un employé civil de la préfecture maritime de Brest, mis en examen pour de supposées négligences dans l'organisation des secours.