Les spécialistes s’attendent donc une nouvelle fois à ce que la réunion de la commission baleinière internationale (CBI) soit houleuse, les 3 pays précédemment cités œuvrant à faire tomber le moratoire. Si celui-ci ne sera très probablement pas remis en cause, du moins cette fois, les opposants progressent sérieusement avec à leur tête le Japon. En juin 2006, ils avaient d’ailleurs remporté une victoire symbolique avec l’adoption, par 33 voix contre 32, d’un texte stipulant que le moratoire de 1986 n’est plus nécessaire et que les baleines constituent une menace pour les stocks de pêche. Bien que ce vote n’atteigne pas la majorité qualifiée de 75 %, nécessaire à la levée du moratoire, il avait à l’époque sonné comme une vigoureuse alerte pour les opposants à la chasse.

Ainsi, aujourd’hui, 2 jours après l’ouverture de la 59e CBI, on enregistre un durcissement du ton. Le Comité Scientifique de la commission a noté qu’il y avait 'peu de motivation' de la part du Japon pour produire les données rassemblées lors de son programme de pêche à la baleine et que les quelques données présentées, 'ont peu de valeur réelle.' En conclusion, pour le Comité, '…il est tout à fait clair à l’examen de JARPA (le programme de recherche Japonais : Japan’s research in the Western North Pacific, N.D.L.R.) et des discussions du Comité que l’implication du programme de JARPA qui a duré 18 ans et tué 6 796 baleines, a peu ajouté à notre compréhension de la biologie du petit rorqual (baleine de Minke) ou à l’écologie.'

Malgré cela, si le Japon réussit de nouveau à réunir une petite majorité autour de ses propositions, il pourrait, sans remettre fondamentalement en cause le moratoire, changer les procédures de protection des baleines au profit d’une écriture plus favorable aux partisans de la pêche. Par exemple, à l’image du renouvellement quinquennal des quotas de chasse aborigène de subsistance, sujet majeur de la réunion en cours à d’Anchorage, qui ne requière qu’une majorité simple, le Japon pourrait solliciter la création d’une catégorie de chasse côtière supplémentaire.

Néanmoins, plusieurs pays (1) ont d’ores et déjà annoncé que si certaines populations, notamment en Alaska, en Sibérie et au Groënland, ont besoin de pratiquer la chasse à la baleine pour satisfaire leurs besoins traditionnels, culturels et nutritionnels, le Japon n’en a aucunement besoin. A ce titre, ils soutiendront les dérogations de chasse aborigènes, mais devraient s’opposer, comme le déclare le ministère de l’écologie français '…à la chasse dite scientifique pratiquée par certains pays comme le Japon alors qu’il est désormais reconnu que les recherches scientifiques peuvent être menées sur des baleines sans les tuer.