On aura pu remarquer, entre parenthèses, que le reste de la presse, occupé à décrire la joyeuse cacophonie qui règne au PS, s'est très peu appesanti sur cet énorme couac de l'équipe Sarko.

A l'origine du coup de sang de Sarkozy, une conversation de Pierre Méhaignerie, président de la commission des Finances et numéro 3 de l'UMP, avec des journalistes, le 14 février, dans les couloirs de l'Assemblée nationale: les 4 points de baisse des prélèvements obligatoires promis par Sarko d'ici à 2012 sont renvoyés aux calendes grecques.

"On peut espérer gagner un point d'ici à la fin de la législature, dit Méhaignerie, pas plus." Et voilà que la promesse phare du projet du candidat Sarkozy, la baisse des impôts, est à mettre au panier.

Ce n'est pas tout. Le lendemain, Méhaignerie revient à la charge auprès de François Fillon. Il est accompagné de Gilles Carrez, rapporteur général du Budget, et d'Alain Lambert, le très sarkozyste ancien ministre du Budget. Les trois hommes demandent à Fillon, chargé du projet, de limiter à 30 milliards d'euros sur cinq ans les dépenses nouvelles. Devraient ainsi passer à la trappe le bouclier fiscal, l'exonération des droits de succession et l'allocation dès le premier enfant.

Hélas! la réunion qui devait rester secrète est éventée et se retrouve dans « Le Monde ». D'où l'ire tous azimuts de Sarkozy. "Méhaignerie aurait dû se taire. Ce : centriste mou parle trop !", s'exclame le ministre-candidat. Et d'ajouter: « C'est vrai que ça va être difficile, et même quasi impossible, de faire, mais il ne fallait pas le dire. C'est toujours comme ça, une campagne : on promet pour être élu, et après on déçoit. Mais, en dopant la croissance, on peut arriver à tout financer."

De retour à Paris, Sarko passe un savon à Fillon et à Claude Guéant, son directeur de campagne, auquel il demande de "reprendre les manettes". Il reproche aux deux hommes de ne pas avoir "été capables de faire taire Méhaignerie", et leur ordonne de pondre un communiqué de démenti.

Conclusion du candidat: « Heureusement que la Ségolène est nulle et que sa campagne ne prend pas, sinon c'est moi qui serais dans la merde aujourd'hui."

SOURCE: Article du Canard enchaîné - mercredi 21 février 2007