«Certains sont relâchés dans la nature sans accompagnement, d’autres font leur apparition, je ne peux pas leur refuser une tente», constate le fondateur des Enfants de Don Quichotte, qui compte «refaire un stock de tentes». Lui-même se réinstalle sur le canal, avant tout pour surveiller les débordements nocturnes. «Je garantis aux riverains et aux commerçants qu’il n’y aura plus de problèmes.»

Augustin Legrand affirmait ne plus se sentir responsable du camp : «Moi, j'ai juste dénoncé un état de fait. Depuis le 8 janvier, depuis que le gouvernement s'est engagé à trouver une solution, c'est à l'Etat de prendre ses responsabilités.»

Des déclarations qui ont provoqué la colère de plusieurs riverains du canal Saint-Martin, qui se sont plaints d’un pourrissement de la situation. Ils dénoncent notamment un climat de violence et d’alcool depuis un mois environ. «Il y a une dizaine de SDF qui sont alcoolisés, qui posent des problèmes, a reconnu Augustin Legrand. Mais je ne veux pas qu’une minorité renverse l’opinion publique.»

Il s’est dit prêt à organiser un concert de solidarité pour réparer le manque à gagner des commerçants. Tout en fustigeant le gouvernement, qui n’a pas tenu ses engagements depuis l’accord passé avec l’association le 8 janvier.

«Nous avions demandé des travailleurs sociaux en permanence sur le terrain, ils ne sont toujours pas là», déplore Augustin Legrand, qui réclame la démission de Catherine Vautrin, ministre déléguée à la Cohésion sociale. «Elle n’a pas pris ses responsabilités face à la crise du logement, Borloo, si.»

Et d’ajouter : «Il faut un plan Marshall et une cellule de crise au ministère du Logement. A huit semaines du premier tour de la présidentielle, on doit faire beaucoup pour les SDF car nous sommes en état de guerre.»

Jean-Marie Bireaud, président de l’association Canal, qui œuvre pour le développement culturel du quartier, reproche justement aux Enfants de Don Quichotte d’avoir réduit le problème des SDF à la question du logement. «L’errance est bien plus compliquée que cela. Les Don Quichotte ont simplifié et médiatisé la question en installant des tentes. Mais maintenant, restent les cas les plus difficiles à gérer.»

Même les SDF remettent en cause la stratégie de leur leader. «On ne sait pas bien où il veut aller, il parle sans cesse aux médias mais n’a rien fait sur le terrain pendant un mois», déplorent certains d’entre eux. La balle est toujours dans le camp du gouvernement et le dossier est loin d’être clos.